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Déclaration – Discours d’ouverture de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Europe

Déclaration du docteur Corinne Capuano, responsable de l’OMS/Europe

27 octobre 2026
Déclaration
Copenhague
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Madame la Présidente, Monsieur le Directeur général, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les délégués, Mesdames et Messieurs,

Il y a 1 an, dans cette salle, les 53 États membres de la Région européenne de l’OMS ont adopté le Deuxième Programme de travail européen. L’idée était simple : la santé est un moteur de croissance économique et de progrès social ; elle doit donc occuper une place centrale dans les politiques publiques.

Les activités qui vont faire l’objet de mon rapport d’aujourd’hui se sont déroulées en grande partie sous la direction du docteur Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, qui est actuellement en congé spécial. L’équipe qu’il a constituée poursuit ce travail.

Cette année, ce bureau a été le théâtre de profonds bouleversements. Nous nous sommes réorganisés autour d’un nombre réduit de priorités à fort impact et nous avons mieux aligné notre expertise régionale sur les besoins des gouvernements nationaux. Dans le cadre de ce processus, certains collègues ont quitté l’OMS. Je les remercie, ainsi que ceux qui sont encore parmi nous, de nous avoir permis de surmonter une période difficile. 

Les menaces pour la santé n’attendent pas que nous soyons prêts. Cette année, nous sommes intervenus face à une épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière, en mai, à des cas de dengue et de virus du Nil occidental, cet été, à un cas de pneumonie d’origine inconnue, ainsi qu’à la première infection humaine avérée par le virus Shamonda. Chacune de ces interventions était tributaire de la capacité des pays à communiquer rapidement et en toute transparence des informations, conformément au Règlement sanitaire international.

Entre janvier et octobre, nos équipes ont analysé 48 000 informations relatives à des menaces sanitaires potentielles, dont 35 ont nécessité de déclencher des opérations. Pour la première fois, tous les États parties de la Région ont présenté leur rapport annuel conformément au Règlement. La Région européenne compte désormais 38 équipes médicales d’urgence certifiées, prêtes à être déployées. De nouvelles équipes ont obtenu leur certification cette année en Belgique, au Danemark, en Tchéquie et en Ukraine.

La prévention reste notre meilleure arme de défense. Dans notre Région, 91 % des enfants reçoivent les 3 doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Le nombre de cas de rougeole a diminué de 75 % en 2025 par rapport à 2024, et 92 % des pays ont désormais mis en place la vaccination contre le papillomavirus humain. Le Danemark a obtenu une certification attestant l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH et de la syphilis, tandis que l’Albanie et l’Arménie ont atteint leurs objectifs en matière de lutte contre l’hépatite B.

Mais les lacunes sont graves. Un cas de tuberculose sur 5 est soit non diagnostiqué, soit non signalé. La moitié des diagnostics de VIH sont posés trop tard, et le nombre de décès liés au VIH est en hausse.

L’Ukraine connaît toujours la situation d’urgence la plus grave et la plus complexe de notre Région. Depuis 2022, 3 386 attaques ciblant le système de santé ont été signalées, lesquelles ont détruit des hôpitaux, des centres de santé et des entrepôts de l’OMS. En 2025, près de 13 millions de personnes ont eu besoin d’une aide humanitaire en Ukraine, dont 9,2 millions ont eu besoin d’une aide sanitaire. Depuis septembre 2025, l’OMS a acheminé plus de 21 millions d’USD de médicaments, d’équipements et de fournitures, et formé plus de 2 000 professionnels de santé aux soins d’urgence. Depuis 2022, plus de 7 000 patients ont été évacués vers 22 États membres pour raison médicale, avec le soutien de l’Union européenne. Grâce aux États membres, l’appel humanitaire lancé cette année par l’OMS en faveur de l’Ukraine est entièrement financé.

L’Ukraine démontre comment les services de santé peuvent être maintenus malgré une pression extrême. Mais la résilience ne saurait se substituer à la paix. Seule une paix durable peut garantir la santé.

Dans notre Région, les maladies non transmissibles sont à l’origine de 9 décès sur 10. Notre dernière analyse montre que 1,8 million de décès chez les personnes de moins de 75 ans pourraient être évités grâce à la prévention ou à un traitement. D’après les données en provenance de 37 pays de la Région, un quart des enfants âgés de 7 à 9 ans présentent un surpoids ou de l’obésité. 

Nous savons que les politiques sont efficaces lorsque les pouvoirs publics s’appuient sur des données factuelles pour agir. La Lettonie a restreint l’accès à l’alcool, ce qui a entraîné une baisse significative du nombre de décès liés à l’alcool en l’espace de 5 mois. La Norvège impose désormais des restrictions à la publicité pour des aliments peu sains destinés aux enfants, y compris sur Internet. Pour la première fois, la Serbie introduit actuellement des mises en garde illustrées sur les produits du tabac, tandis que la Géorgie et la Türkiye se dirigent vers une élimination des acides gras trans de leur chaîne alimentaire.

L’industrie du tabac n’est pas restée les bras croisés non plus. Notre bilan des 20 ans de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac dans l’Union européenne fait état de progrès réels, mais les nouveaux produits à base de nicotine et les arômes ouvrent des failles que la législation actuelle ne comble pas.

Le changement climatique représente déjà un problème de santé publique. La Commission paneuropéenne sur le climat et la santé a lancé son appel à l’action en mai, et nos recommandations actualisées aident les gouvernements à protéger les personnes les plus exposées aux risques liés à une chaleur extrême. L’Italie et le Kazakhstan ont adhéré cette année au Protocole sur l’eau et la santé.

Les habitants de la Région européenne vivent plus longtemps, mais pas toujours en bonne santé. Dans notre Région, les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais passent une partie moins importante de leur vie en bonne santé : 81,3 %, contre 83,5 % pour les hommes. Plus on vit longtemps en mauvaise santé, plus la demande en soins de longue durée augmente, alors que le personnel soignant est déjà en nombre trop réduit.

Les professionnels de santé font partie des infrastructures essentielles. La pénurie de personnel soignant et d’aidants se fait cruellement sentir, en particulier dans les zones rurales et les petits pays. Notre analyse régionale montre que les femmes représentent 77 % des personnels de santé, mais qu’elles gagnent en moyenne jusqu’à 28 % de moins par mois que les hommes.

Les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent contribuer à alléger partiellement cette pression. Avec notre aide, la Roumanie a équipé 200 hôpitaux de moyens numériques. Mais la technologie ne transformera pas les systèmes de santé, à moins que les personnes qui l’utilisent et qui dispensent les soins ne puissent lui faire confiance et sachent comment s’en servir.

La santé mentale est désormais une question qui concerne l’ensemble des pouvoirs publics. Plus de 2 jeunes adultes sur 3 ont vécu au moins une expérience négative durant leur enfance, ce qui a des répercussions sur leur parcours scolaire et leurs perspectives d’avenir. Le monde numérique engendre de nouveaux risques, et nous fournissons aux pouvoirs publics les données dont ils ont besoin pour protéger les générations futures contre les dangers liés à Internet.

Dans notre Région, près d’une femme ou d’une fille sur 3 sera victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Les systèmes de santé sont souvent le premier recours des survivantes. Huit pays – l’Albanie, l’Espagne, la France, l’Islande, l’Italie, le Kazakhstan, la Slovénie et le Tadjikistan – ont formé une coalition pour apporter une meilleure réponse au problème. En Türkiye, des équipes médicales d’urgence sont désormais formées à la prise en charge clinique des survivantes de viol et de violences commises par un partenaire intime. D’ici la fin de l’année, nous lancerons une boîte à outils en ligne destinée aux décideurs politiques, aux gestionnaires et aux professionnels de santé.

Tout ce travail ne peut être effectué sans un système de soins de santé primaires performant. En 2028, nous célébrerons le 50e anniversaire de la Déclaration d’Alma-Ata, qui a été signée dans notre Région. Certains pays montrent déjà comment le renouveau se traduit chez eux. Le Portugal a regroupé les hôpitaux et les centres de soins primaires en 39 structures de santé locales. L’Ouzbékistan accorde un rôle plus important au personnel infirmier et aux généralistes, afin de limiter le nombre des consultations inutiles chez un spécialiste et les admissions à l’hôpital.

Rien de tout cela n’est possible sans confiance. Dans un monde marqué par les divisions, on doit pouvoir se fier à la science, au système de santé et aux autorités sanitaires. C’est pourquoi notre nouveau Conseil scientifique consultatif s’est réuni pour la première fois en juillet, et c’est pourquoi nous travaillons avec 322 centres collaborateurs de l’OMS, dont 53 ont été agréés l’année dernière.

De nombreuses décisions qui ont une incidence sur la santé sont prises par les ministères des Finances, les parlements et les organismes chargés de la sécurité. Notre rôle est de veiller à ce que les données scientifiques de l’OMS soient prises en compte dans ces décisions.

L’OMS/Europe fait évoluer ses méthodes de travail, tant au sein de l’Organisation qu’avec vous, les États membres. Notre objectif reste le même : être un partenaire fiable, un partenaire de confiance pour tous les pays de cette Région.

Merci.